Mehmet Ali Birand, célèbre journaliste et présentateur du JT sur Kanal D, publie aujourd’hui un article qui mérite toute mon attention. L’homme n’est pas une lumière- du moins à mon sens- ne dit rien que nous ignorons mais il a aujourd’hui le mérite d’avouer et d’écrire ce que beaucoup disent et pensent déjà. Certes, il le dit en appelant un chat un chien, en tenant des raisonnements qui me semblent à côté de la plaque mais il le dit quand même. Ainsi, reconnait-il le rôle tenu par la presse et l’ensemble des médias dans cette sale guerre qui oppose depuis près d’un siècle les Kurdes de l’Etat turc.
Dans cet article que j’ai pris soin de vous traduire, Mr BIRAND avoue que les médias ne cessent de relayer de fausses informations. Qu’ils en exagèrent le contenu. Affabulent. Mentent. Ce que nous pourrions appeler, nous, de la propagande n’est à ses yeux qu’un soutien à l’armée turque. Soutien qui se fait dans le seul et unique but de leur apporter le moral. Semblerait-il. Soit, qu’il en soit ainsi. Il avoue au moins le caractère mensonger de leurs informations.
Chose que bon nombres dénoncent, accusent et critiquent en Turquie. Qu’il s’agisse du PKK, tellement décrié sous le doux nom de “groupe-terroriste-tueur-de-bébés-et-d’enfants”, de ces prétendus représentants qui ne sont autres que les membres du DTP ou tout autre “citoyen” kurde ou turc portant critiques du système alaturca. Mais sous la plume de Mr BIRAND, la “critique” se révèle d’une grande nouveauté. Qu’un présentateur de JT de Kanald D fasse un tel aveu n’est que bonne chose, donne sourire aux lèvres. Il conforte l’idée que beaucoup se font des médias turcs. De plus, n’étant pas accusé de terrorisme, il sera certainement écouté et pris au sérieux.
Car oui, les médias turcs ( médias de masse) dans leur grand ensemble n’ont d’autre rôle que celui de machine à propagande. Loin d’éveiller et d’éclairer la population, de faire l’intermédiaire entre le Haut et le Bas, de dire au Haut ce que le Bas ressent, et au Bas ce que le Haut dit, loin de mener des enquêtes sérieuses pour pousser la société de l’avant, les médias alaturca sont un instrument, propriété des tenants d’une idéologie fascisante au combien néfaste et problématique. Portes-paroles de l’armée qui n’hésitent pas à susciter peur et crainte parmi la population, à mettre en place un climat de guerre psychologique, responsable de la propagation de fausses idées. Les charges sont nombreuses mais on va s’en tenir là.
Mr BIRAND ne dira jamais ça. Soucieux de sa carrière et de sa personne, il ne portera jamais une telle critique et ne dénoncera pas avec si grande facilité le système mis en place. Soit qu’il n’en pense rien, soit qu’il n’en a pas le courage. Il suffit de voir avec quelle précaution et quelle pincette, il se permet de faire une toute ‘tite critique. C’est pas pour faire vulgaire mais quand Mr BIRAND aura des couilles moins molles, les poules auront des dents… En attendant, je vous fais juge et prenez grand plaisir à lire son article.
Mehmet Ali Birand, le 23 Mai 2008,
Aujourd’hui, je vais faire mention de quelques vérités qui, peut être, ne vont pas vous plaire. Avant de vous mettre en colère, demandez-vous un instant, s’il-vous-plaît, si je dis vrai ou si je suis en tort. Ensuite seulement vous réagirez.
L’armée turque, depuis des mois, mène des opérations militaires contre le PKK. Elle a d’abord bombardé le long de la frontière au Nord de l’Irak et au Mont Kandil avant de déployer les forces de l’armée de terre. Ces derniers temps, les opérations sont menées non seulement du côté de la Turquie mais aussi du côté du Nord de l’Irak. Leur but: faire descendre les terroristes de leurs montagnes et empêcher leur entrée en Turquie. Tous les jours, vous pouvez suivre le combat qui y est mené, par le biais de la TV et des médias.
On glorifie nos soldats qui risquent leur vie pour nous protéger. La glorification est chose normale. Mais quelque fois, on en fait tellement trop que les unes mettent en doute l’opinion publique. Il suffit de regarder les unes de ces derniers mois. Les slogans et les annonces sont tellement gros que le sérieux de l’affaire en prend un coup.
Chaque semaine, immanquablement, nous mentionnons que “le PKK est dispersé”, parlons de “panique”, de leaders qui ont déserté, de la mort de certains chefs de haut commandement ou donnons des chiffres de morts démesurées. Si vous rassemblez toutes ces “informations”, et que vous observez bien, vous serez tenté de dire que tous les membres du PKK ont été tués. Or, les hommes sont toujours dans les horizons et peuvent faire martyre nos soldats.
Cette approche des médias ne se fait que dans le but de donner du moral à l’armée turque. Or, bien au contraire, on ne fait que mettre à mal la confiance de l’opinion publique. De telles exagérations, de tels slogans fatiguent le peuple. Et ne donnent aucun moral à l’armée turque. Elles donnent lieues à une érosion inutile. S’il faut résumer, il faut que les rédacteurs et les journalistes soient beaucoup plus attentifs lorsqu’ils rédigent les informations. Ce que j’ai écrit un peu plus haut au sujet du PKK n’est qu’une face du madaillon. Il y a, en effet, un autre côté.
Je suis sûre que vous vous en rappellerez. Il y a quelque temps, le commandant en chef de l’armée de terre, le générale Ilker Başbuğ, avait pointé du doigt le véritable problème. Il avait expliqué que si on n’empêchait pas les individus de monter dans les montagnes, on ne pourra pas venir à bout du PKK. Pour les en empêcher, il avait alors proposé la mise en place de mines le long des chemins qui permettent l’accès aux montagnes.
Le soldat mène une lutte, avec réussite, contre les terroristes. Mais le soldat ne peut pas lutter seul contre le terrorisme. Ce n’est pas seulement son devoir. Les politiques doivent cesser de recourir à la facilité en envoyant les soldats lutter contre le PKK. Il faut faire de nouveaux pas dans le domaine économique, social et culturel. Il faut proposer des paquets en cette période pour maintenir la réussite de nos soldats. Il faut proposer des alternatives séduisantes pour empêcher la participation des individus au PKK.
Sérieusement, tant que nous n’aurons pas réussi à dissuader ces jeunes qui partent à la montagne, le PKK existera toujours. Avant tout, faisons une pose et réfléchissons. Pourquoi décident-ils de prendre la route des montagnes?
Ceux qui connaissent les conditions de vie dans cette zone du pays répondront facilement à la question par un “pourquoi ne partiraient-ils pas?”. Il n’y a pas de travail. Pas d’avenir. Le taux de pauvreté est très important. Dans ces conditions, la vie dans les montagnes apparait comme séduisante aux yeux des jeunes.
Nous pouvons envoyer autant de soldats que nous voulons… faire autant d’opérations militaires que nous voulons… Et même, si vous le voulez, on peut envahir le Nord de l’Irak. Mais tant que nous n’aurons pas mis un terme à cette envie qu’ont les jeunes de partir rejoindre les rangs du PKK, cela ne servirait à rien.
Que nous écrivions des grands slogans à la une des journaux. Que nous disions que le PKK est au point d’être supprimé, qu’ils ont déserté les lieux sous la panique… inutile. Nous ne faisons alors que nous mentir. Tant qu’ à Ankara, les politiciens tout comme les militaires continuent à mener des actions en solitaire, tant qu’ils ne cherchent pas d’autres moyens et d’autres procédés, nous n’aurons aucun résultat.
A ce sujet, il serait faux de porter toutes les accusations et les fautes aux politiciens. Parce que quelque fois, la période et les circonstances sont telles qu’au premiers pas fait, les réactions viennent de tout part. Chacun pense détenir sa propre solution. Nous ne parvenons pas à adopter une politique commune. Chacun a son remède et réfute le remède de l’autre.
Alors le PKK, comme aujourd’hui, subira des coups de chocs, aura le moral bas, connaitra des phases de dépression mais se resaisira quelques temps plus tard. Quand il voit que ces pertes sont remplacées par de nouveaux hommes, son moral reprend de plus belle. Les médias ont connaissance de tout cela, le voient mais tentent de le cacher, le couvrir.
Seulement, il y a une utilité à ce que nous le sachions. Nous ne faisons pour l’instant que nous tromper, nous mentir. Nos gens meurent pour rien. Il est temps de voir que ces histoires d’héroïsmes sont inutiles et qu’ils ne nous mèneront nulle part.
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