Les élections municipales du 29 mars : quelle stratégie de communication pour le DTP?

18 janvier 2009

Ces derniers temps, le courage et la persévérance du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan (issu de l’AKP, parti de tendance islamique modérée), fascinent tout le monde. Il se montre très actif sur tous les fronts en multipliant ses interventions sur des sujets souvent délicats.

En effet, il a inauguré une nouvelle ère en mettant en place, depuis le 1er janvier 2009, une chaîne de télévision publique en langue kurde. Il s’agit cependant d’une révolution à consommer de préférence avant le 29 mars 2009 car l’anti-constitutionnalité de ce projet ne sera plus tolérée au-delà de cette date pour des raisons politiques.

En plus d’être un réformateur, Recep Tayyip Erdogan est aussi un humaniste. Son show humanitaire en faveur du peuple palestinien constitue une très bonne leçon d’humanisme aux pays arabes. Il ne craint aucunement les retombées politiques de son extraordinaire spectacle qui mérite d’être applaudi. La mise en scène était formidable, surtout lorsque l’on voyait sa femme pleurer pour les enfants palestiniens devant les femmes des dirigeants arabo-musulmans.

La critique : une stratégie peu productive

Pendant ce temps-là, le DTP, parti pro-kurde, se contente de critiquer certains aspects de la politique du Premier ministre turc et n’arrive pas à se démarquer des autres partis politiques.

Contrairement au DTP, l’AKP construit sa stratégie autour de projets concrets au risque de tomber dans l’anti-constitutionnalité comme c’est le cas avec le lancement de TRT 6. Ce parti estime que « la fin justifie les moyens » et n’hésite pas à recourir à des méthodes parfois atypiques.

Le parti pro-kurde doit absolument réaliser un vrai travail de pédagogie auprès des électeurs kurdes qui ont un goût particulier pour le pragmatisme. Le bilan des acquis actuels n’est pas suffisamment bien explicité aux Kurdes et les manœuvres politiques du gouvernement de l’AKP ne sont pas clairement démontrées. La critique n’est pas une méthode efficace et peut jouer en la faveur de l’Etat turc.

Il faut effectivement mettre en exergue les contradictions des projets du Premier ministre mais il est plus que nécessaire de mettre en œuvre une véritable stratégie de communication électorale.

La clarté et la simplicité : les deux piliers d’une bonne stratégie de communication

Certains dirigeants du DTP et ceux du PKK devraient arrêter de reprocher à TRT 6 d’être la chaîne assimilatrice et d’accuser son personnel kurde de trahison. L’assimilation ne date pas d’hier, elle existe depuis 1923 et ne cessera pas tant que les Kurdes ne seront pas conscients de l’importance de leur identité. De toute manière, les chaînes en langue turque font relativement bien leur travail d’assimilation. Il est donc inutile de critiquer cette chaîne alors que son existence peut servir d’argument électoral au DTP. Pour cela, il faut savoir démontrer qu’elle n’émane pas de la bonne volonté de l’Etat turc mais qu’elle est plutôt un signe évident d’une victoire kurde. Si TRT 6 existe aujourd’hui malgré son statut anti-constitutionnel, c’est parce que la lutte kurde a réussi à mettre à genoux l’Etat turc. Il est fondamental d’expliquer ce raisonnement aux électeurs kurdes.

Le DTP peut déjouer la manœuvre de l’AKP en la retournant en sa faveur

TRT 6 est vue comme une manœuvre politique de l’AKP pour remporter les élections municipales dans les villes kurdes. Une fois ces élections gagnées, le gouvernement de l’AKP pourrait mettre fin aux émissions de TRT 6 en évoquant des raisons classiques (manque d’intérêt des Kurdes pour cette chaîne, manque de personnel…). Le DTP doit savoir que cette chaîne, qui constitue tout de même une avancée, est le fruit même de son travail. Il n’est pas raisonnable de rejeter un tel progrès pour des raisons d’assimilation peu pertinentes. Le DTP doit être capable de retourner cette manœuvre en sa faveur en expliquant que cette chaîne est un pas positif dont la pérennité réside dans sa victoire aux élections. Si l’AKP gagne, il y a un risque de retour en arrière

La stratégie de communication du DTP doit aussi mettre l’accent sur son rôle d’opposition constructive dans la mise en œuvre des réformes

L’Etat turc, connu pour son intransigeance, n’aime pas les réformes issues de la volonté du peuple. L’idéologie officielle affirme que l’Etat est le seul à même de savoir ce qui est bon pour ses citoyens.

Parfois, cet Etat tout puissant est obligé de céder sous la pression de certaines forces politiques et civiles. Le DTP figure par ces forces qui malmènent le pouvoir étatique qui est pris en étau. La consolidation de ce parti affaiblit la portée de l’idéologie officielle.

Tant qu le DTP restera un parti fort au Kurdistan, l’Etat turc n’hésitera pas à faire d’importants sacrifices pour le marginaliser. L’un de ces douloureux sacrifices est le lancement de la chaîne de télévision publique en langue kurde.

Le DTP doit être de plus en plus créatif en termes de stratégie dans l’objectif de renforcer sa place dans le paysage politique et de favoriser la chute de l’idéologie officielle qui demeure encore très militariste.

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