Le Vendredi noir – Ahmet Altan

13 décembre 2009

Le site Bersiv vous présente un article du  journaliste turc, Ahmet Altan, publié par Taraf, en date du 12 décembre 2009. Article qui porte sur la décision de fermeture du parti kurde par la Cour constitutionnelle turque.

En un verdict, ils ont déchiré un pays.

Et pour le faire, ils ont été si pressés qu’ils ont violé la Constitution qui dispose que la déclaration de la Cour ne peut se faire tant qu’elle n’a pas motivé sa décision par écrit.

Devons nous faire confiance à une Cour constitutionnelle qui méconnait la Constitution?

Ils ont éjecté les Kurdes de la scène politique.

Où vont aller les Kurdes? A qui doivent ils faire confiance?

Pendant des années, vous [NDLR: autorités turques] avez opprimé ces gens, vous les avez torturés, vous les avez battus dans les rues, vous avez brûlé leurs villages, vous avez envahis leurs maisons, vous avez interdit leur langue.

Ca n’a pas suffit?

Et maintenant vous les éjectez de la politique.

Pour qu’Ahmet Türk [NDLR: Président du DTP condamné par la Cour] ne soit plus et qu’il n’y ait plus, sur la scène politique, un visage honnête qui défende la paix.

Que pourrait on attendre d’autre d’une Cour constitutionnelle dans un pays qui dispose d’une Constitution issue d’un Coup d’Etat?

Ils ont meurtri nos espoirs pour la paix.

Ils n’ont pas seulement condamné le DTP, ils ont condamné tout le pays.

Ils l’ont condamné à la souffrance, la pauvreté, l’hostilité, l’insécurité.

Le PKK s’est empressé inutilement pour torpiller la paix, il aurait dû attendre, certains le font encore mieux que lui à Ankara.

L’espoir nous est défendu.

Le rêve nous est défendu.

La paix nous est défendue.

Quel jeune Kurde pourrait avoir encore confiance en ce pays?

Quel Kurde pourrait faire encore confiance en la justice?

Ne pensera-t-il pas que tout n’est que mensonge et trahison?

N’aurait-il pas raison de le penser?

Nous étions parvenus au pied de la paix, la sérénité, le bonheur, nous avions pu toucher de nos doigts cet espoir.

Que vont faire maintenant les jeunes Kurdes qui n’ont plus confiance en la politique et la justice?

Qui sera tenu responsable de leurs départs massifs vers les montagnes?

Qui va leur faire croire qu’en Turquie la justice défend leurs droits, qui va leur donner cette confiance?

C’est ça être Turc?

Etre Turc, c’est ne pas respecter ses propres lois, c’est ne pas prendre en charge ses citoyens, c’est abandonner son pays à la souveraineté militaire?

Si être Turc, c’est ça alors j’ai honte de ce type de turquicité.

La Cour constitutionnelle a décidé à l’unanimité.

Ce n’est pas la Cour qui a rendu une décision, ce sont les juges turcs.

Les juges turcs ont éjecté les Kurdes de la politique, tous les Kurdes vont le voir comme cela.

Et ont-ils tort de percevoir comme cela?

Y-a-t-il, parmi les membres de la Cour constitutionnelle, un juge qui pourrait se dire Kurde? Une Cour qui n’a aucun Kurde parmi ses membres pourrait elle rendre une “sage” décision?

Si les Kurdes sont des citoyens de ce pays, pourquoi n’y a-t-il pas de juge qui soit Kurde dans cette Cour?

Les Kurdes ne sont pas des citoyens de ce pays et c’est là tout le problème, ce sont les Turcs qui sont citoyens de ce pays. Les Kurdes ne peuvent pas être Kurdes et citoyens en même temps.

Ils [ NDLR: les Turcs]les forçent tellement, qu’ils sont obligés soit d’abandonner leur identité kurde, soit leur citoyenneté.

Ils n’abandonneront pas leur identité kurde.

Pourquoi devraient ils l’abandonner?

Si les Turcs n’abandonnent pas leur identité, pourquoi les Kurdes devraient-ils le faire?

C’est vous [NDLR: les Turcs] qui les forçez à abandonner leur citoyenneté, c’est vous qui le faites, c’est vous qui êtes à l’origine de la division, c’est vous qui les rejetez, c’est vous qui leur demandez de partir.

Vous obstruez la voie politique, juridique, vous ne leur laissez d’autre choix que la montagne.

” Soit vous faites ce que je vous ordonne, soit vous irez mourrir dans les montagnes”, voilà ce que vous leur dites.

Et après vous les disputez en leur demandant pourquoi ils prennent le chemin des montagnes.

A qui et où les Kurdes vont ils expliquer leurs revendications?

Où vont ils pouvoir se faire entendre?

” Qu’ils restent sous silence” dites vous.

Vous ne pouvez faire taire un peuple, nous n’en avez ni le droit, ni la force.

Vous tuez la paix.

Je suis Kurde aujourd’hui, je suis comme mort à l’intérieur, mes espoirs, mes rêves sont aussi sombres qu’une chambre sans lumière. Je vais me poser, résister et allumer une bougie pour éclairer mon intérieur.

Une lumière tramblante, petite, faible.

Et je vais attendre de percevoir d’autres lumières.

Dans chaque conscience, s’allumera une lumière et, de ces lumières vacillantes, nous allons créer une nouvelle lumière, un nouvel espoir, un nouveau rêve.

A chaque fois que vous tuez, nous, nous les ferons vivre.

Traduction par Berçem Adar pour Bersiv.

Partager:
  • Print
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • Identi.ca
  • Live
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • RSS
  • Twitter
  • Wikio FR

Related posts:

  1. Les Kurdes, le PKK et l’arme – Ahmet Altan
  2. Parler en kurde par Ahmet Altan
  3. Le véritable problème – Ahmet Altan
  4. Etre abusé – Ahmet Altan
  5. Le problème kurde en un mot – Ahmet Altan

Source: Taraf, Kurdistan Post

Laisser un commentaire

Nom


Email


Site web



« Le Parti socialiste “regrette” la dissolution du DTP | Ce berger allait diviser le pays »